REVISTA "STIINTA SPORTULUI" 2004

LES LIAISONS AMBIGUES DU SPORT ET DE L'ECONOMIQUE 

 

Prof. phd. CLAUDE SOBRY

FACULTE DES SCIENCES DU SPORT ET DE L'EDUCATION PHYSIQUE

UNIVERSITE DE LILLE 2

 

Mots cle: sport, economique, les strategies

 

Le passage d'un financement du sport par la billetterie a des clubs qui developpent le concept de marque en s'appuyant sur les resultats sportifs comme vecteurs de marketing, n'a ete possible que parce que l'evolution des technologies de communication a cree les conditions propres a faire du sport un vecteur de communication efficace. De ce fait, les operateurs de television se trouvent au centre d'un systeme qui a chamboule le mode de fonctionnement du sport. L'evolution s'est effectuee en plusieurs etapes a partir du milieu des annees 1970. En France, c'est en 1978 que le tournoi de tennis de Roland Garros a ete retransmis en quasi integralite pour la premiere fois. Les retransmissions sportives constituaient alors un produit bon marche, la glorieuse incertitude du sport reservant souvent un meilleur suspens que les telefilms habituels. En Europe c'est au milieu des annees 1980 que les choses vont se mettre a evoluer avec la privatisation de certaines chaines publiques, l'apparition de chaines commerciales, toutes choses qui n'ont ete possibles que grace a l'evolution des regles regissant la publicite a la television (publicite pour des produits sans marque, puis pour des marques, reglements sur la duree des pages publicitaires, etc.).

C'est egalement au debut des annees 1980 que le mouvement olympique a compris l'importance economique du sport. C'est sous l'impulsion d'Addy Dassler qu'a ete creee en 1982 la regie sportive ISL qui avait pour role essentiel a l'epoque de negocier les droits de retransmissions televisees pour le CIO. Cette regie fera faillite en 2001. On peut penser que l'exemple montre par le CIO a donne des idees aux federations interessantes pour la television.

Une spirale que l'on peut visualiser comme une sequence d'ADN, avec plusieurs voltes imbriquees l'une dans l'autre et interdependantes, s'est rapidement mise en place. Je distinguerai quatre voltes qui se sont imbriquees, chacune poursuivant sa propre evolution mais celle-ci etant influencee et influencant celle des autres, un phenomene interactif a la fois createur et destructeur s'est alors developpe.

 

Premiere volte : la course au meilleur produit et ses consequences

On peut d'abord voir la course qui s'etablit entre competitions et clubs pour avoir le meilleur produit a proposer aux chaines de television qui, de leur cote se montrent a la fois toujours plus exigeantes, plus pressantes et plus presentes quant au niveau, a l'organisation des competitions, influencant directement ou indirectement organisateurs et federations qui se voient pousses a modifier les reglements pour formater le produit « sport » aux normes de la television ou pour lui permettre de maintenir l'interêt des telespectateurs. La Formule 1 par exemple, ne sait plus comment sortir du piege Ferrari - Schumacher. Dans le produit joint que constitue une rencontre sportive chacun des concurrents doit chercher a être le meilleur, mais pas trop afin de maintenir l'interêt de la rencontre. Ceci est d'autant plus vrai lorsqu'il s'agit de rencontres repetitives entre les mêmes competiteurs. Actuellement la domination d'une equipe lasse les telespectateurs d'où une baisse de l'indice d'ecoute avec les repercussions induites sur les tarifs demandes aux annonceurs.

Le resultat de cette course est double : d'un cote des pans entiers du sport qui n'interessent pas les chaines de television et qui, de ce fait, continuent de fonctionner sur le modele de l'amateurisme et a force de subventions. De l'autre des sports utiles aux medias mais dont les representants ne sont pas egaux entre eux. Dans tous les pays plusieurs sports sont televisuellement porteurs, mais quelques uns seulement, et quelques evenements (Jeux Olympiques, Coupe du Monde de Football) font l'objet d'une concurrence acharnee pour se les approprier. En Europe c'est le football qui tient cette position. Les Jeux Olympiques font egalement l'objet d'une vigoureuse speculation. Ces sommes tres elevees ne permettent plus un retour direct sur investissement. L'essentiel est d'attirer puis de fideliser le telespectateur-consommateur-abonne.

 En Europe, tous les clubs souhaitant rester parmi les meilleurs sur le plan national et plus encore au niveau international sont contraints a une fuite en avant favorisee par la totale dereglementation introduite par les arrêts de justice successifs depuis le celebre arrêt Bosman de decembre 1995. S'assurer les services des meilleurs joueurs et des meilleurs cadres afin de se maintenir dans les coupes europeennes pour faire entrer l'argent necessaire afin de poursuivre cette logique finalement insensee est l'objectif premier des presidents des grands clubs de football. En Angleterre, les ressources tirees par les clubs aupres des televisions sont passees de 21 millions d'euro en 1991 a 907 millions en 2001 et de 21 a 389 millions en France sur la même periode. En France les droits de retransmission verses par les operateurs de television representent plus de la moitie des ressources des clubs et cette manne augmentera de 40% au titre de la saison 2005-2006.

Sans regles obligeant a limiter les depenses ce n'est plus le budget qui contraint les depenses, comme le veut l'approche economique habituelle, mais c'est le niveau des depenses qui contraint a trouver les ressources necessaires. Le resultat est facile a imaginer : les droits demandes ne cessent d'augmenter mais l'endettement des clubs devient abyssal. Les chiffres les plus inquietants concernant la sante financiere de clubs europeens circulent dans la presse : 414 millions d'euro de deficit courant et 1,99 milliard de dettes pour les equipes italiennes en 2003 ; 700 millions de perte d'exploitation pour les allemandes ; 1,6 milliard de dette pour les formations espagnoles et 855 millions pour les anglaises. Avec 161 million de deficit global en 2003, l'ensemble des clubs francais est moins endette que le FC Barcelone a lui seul (230 millions).

En Italie, les pertes des clubs ont augmente de 696% de 1995 a 2002. Parme est dans le rouge pour 309 millions d'euros, la Roma pour 265 et la Lazio pour 196. Milan AC totalise 143 millions de pertes, l'Inter de Milan 176 millions. La somme des dettes des division 1 et 2 se monte a 1,9 milliard d'euros pour un chiffre d'affaire du calcio de 1,4 milliard.

Les transferts et les salaires s'envolent egalement. Les salaires des footballeurs ont augmente de plus de 20% par an au cours des 10 dernieres annees. Aucun secteur economique ne peut survivre a un tel regime de surinvestissements a hauts risques. Actuellement aux Etats-Unis, la saison de hockey sur glace n'a pas repris. La NHL est deficitaire bien que generant 2 milliards de dollars de recettes, ceci parce que, bien que les recettes aient augmente de 162% de 1994 a 2004, les salaires des joueurs ont quant a eux augmente de 252%. Sur la periode consideree le salaire moyen est passe dans cette ligue de 733 000 dollars a 1,8 million de dollars ; 75% des recettes sont ainsi absorbees par les salaires des joueurs alors qu'en NBA, grace au principe d'encadrement des salaires (salary cap, hard salary cap, taxe de luxe) la masse salariale ne peut exceder 55% des recettes de la franchise. Actuellement seuls le football et le basket-ball sont dotes de telles regles.

Reglementes ou non, les revenus des sportifs vedettes du sport spectacle ont tres vigoureusement augmente au cours des 15 dernieres annees.

Voyons rapidement a quel niveau se situent les sportifs percevant les plus hauts revenus.

 L'observation du tableau retracant les salaires des dix sportifs les mieux remuneres dans le monde au cours des dernieres annees (tableau 2) montre a la fois une domination des sportifs Nord Americains, une sur-representation des boxeurs, sachant que les bourses dans ce sport trouvent leur origine dans le « pay per view » (paiement a la seance), et l'on constate que le record etabli par M. Tyson, 75 millions de dollars pour 3 rencontres ayant dure, au total, moins de dix minutes, n'a ete battu qu'en 2003. Si retrouver Arnold Palmer, 77 ans, dans ce classement est surprenant, l'explosion du revenu de certains jeunes sportifs l'est plus encore. Rappelons nous que Tiger Woods n'a que 25 ans. Le cas de Le Bron James, basketteur passe directement du lycee au club des Cleveland Cavaliers en NBA est remarquable. En septembre 2003, alors qu'il n'avait pas encore joue une seule minute, sur sa seule reputation de successeur de M. Jordan il avait deja signe pour 110 millions de dollars de contrats publicitaires (Coca Cola, Nike, Upper Deck) auxquels s'est ajoute Cadbury Schweppes Adams pour 25 millions de dollars. Un jeune footballeur de 14 ans professionnel aux Etats-Unis est le plus jeune professionnel et deja couvert de contrats sur le seul espoir qu'il devienne le nouveau Pele.

Le sexe importe egalement dans cette distribution : Martina Ingis, premiere femme de la liste des sportifs ayant les plus hauts revenus en 2000 etait a la vingt et unieme position avec 12 millions de dollars. Serena Williams est la premiere femme qui entre dans le top ten (8eme place) en 2002. Selon les classements, elle demeure en 8eme place ou recule en 23eme en 2003.

Mais sans doute ne faut-il pas perdre de vue que si ces sportifs gagnent d'enormes sommes d'argent ils en font gagner beaucoup egalement. Tiger Woods n'a remporte aucun tournoi du Grand Chelem en 2003 mais il affole les audiences televisees, les fabricants de clubs et tous les interêts lies au grand marche du golf, y compris les tondeuses a gazon ! Le maillot de LeBron James est parmi les 10 meilleures ventes de NBA, il assure a son club, dernier du classement en fin de saison 2003, 13 apparitions a la television a l'echelle national, il assure une augmentation des ventes de billets et même les autres clubs en profitent en obligeant a acheter des lots de matches dans lesquels se trouve une rencontre contre les Cleveland Cavaliers. Le Superbowl 2004 a ete diffuse dans 229 pays en 21 langues. Aux Etats-Unis c'est entre 100 et 143 millions de telespectateurs qui ont regarde le match et les publicites a CBS valaient 2,25 millions de dollars les trente secondes. A Las Vegas les paris ont atteint la somme de 81,2 millions de dollars. Lorsque Mickael Jordan a pris sa premiere retraite en janvier 1999, «l'effet Jordan» etait estime a 10 milliards de dollars pour la NBA et a 350 milliards de dollars sur l'ensemble de l'economie americaine. Jordan, c'etait une frequentation accrue des spectateurs aux matches de basket auxquels son equipe, les Chicago Bulls participait, hausse de l'audimat et des droits televisuels, augmentation du nombre de licencies –donc des cotisations-, flambee des ventes de chaussures mise au point par Nike, les Air-Jordan, et multiplication des spots publicitaires pour McDonald, Gatorade, Coke, Wheaties. Les 34 millions de dollars que lui versait annuellement son club etaient-ils trop ou trop peu au vue de ces chiffres ?

Dans son livre de memoires, Boris Becker est clair : « Pendant le premier semestre de l'annee 1985, Puma, mon fournisseur de raquettes, a vendu 7000 raquettes. Apres ma premiere victoire a Wimbledon il en a ecoule 63 000 sur le marche ; et en 1986 quand j'ai remporte ma deuxieme victoire, les ventes de Puma avoisinaient les 300 000 raquettes. En 1985 la television allemande a retransmis 95 heurs de tennis, et en 1994 elle en proposait 2150 heures. Si l'on considere ces chiffres, je n'ai empoche qu'une infime partie de ce qui aurait pu me revenir en realite ». Il insiste en disant que « les pionniers du tennis n'ont pas recolte un centime, les premiers professionnels n'ont recolte qu'un peu d'argent de poche. Et maintenant, compte tenu de la situation, le robinet a l'air d'être en train de se refermer lentement. Il faut qu'il s'ouvre a nouveau ! ».

Si le Real Madrid accepte de payer le transfert de Zidane 75 millions d'euro en 2001, le plus cher de l'histoire, le prix d'un airbus A321, et qu'il lui verse 6,4 millions d'euros par an plus les primes, c'est que, comme pour les autres vedettes « galactiques » de ce club il y a des strategies de gains de marches (Ronaldo pour l'Amerique du Sud, Beckham pour L'Asie, Zidane pour l'Afrique et le Moyen Orient) pour les droits TV, les produits derives, la communication, etc., les clubs majeurs etant d'abord des entreprises aux activites multiples, le sport ne servant que de vecteur de communication.

 Ces sommes impressionnantes ne doivent pas faire oublier que certains joueurs de tennis masculin par exemple, bien que parmi les mieux classes, n'ont aucun sponsor, et que certains cyclistes font le Tour de France pour 2 000 euro.

 Les partenaires economiques que sont les sponsors qui utilisent le sport comme vecteur de leur communication peuvent egalement se montrer reticents a investir s'ils ne sont pas assures de leur visibilite en cas de contre-performance de l'equipe soutenue. Pour cela le systeme des divisions adopte par le sport europeen au cours du vingtieme siecle, qui repond aux criteres sportifs avec le risque de descente en division inferieure en cas de resultats mediocres, ne repond absolument pas aux attentes en terme de marketing de la part des sponsors qui prefereraient sans doute le principe des ligues fermees a l'americaine dans lesquelles on achete le droit d'ouvrir une franchise. Par exemple, la ligue americaine de football (Major League Soccer) accueillera une nouvelle franchise en 2005, propriete d'investisseurs mexicains, et elle encaisse au passage 10 millions de dollars.

 Le mode d'attribution, prive ou mutualise, des droits de retransmission n'est pas neutre non plus. On a pu voir en Italie en 2002 que les operateurs de television preferent se concurrencer pour obtenir les droits des clubs pouvant bien figurer au palmares, abandonnant sans vergogne les « faire-valoir » et les bas de tableaux, les droits etant traites directement avec les clubs.

Cette course poursuite se traduit par un endettement generalise des clubs de football, avec une grande inegalite selon les pays, certains ayant un systeme plus laxistes que d'autres ou pouvant obtenir plus facilement des aides publiques ou l'effacement de tout ou partie de leur dette, tel le fameux « Salva Calcio » qu'a tente de faire passer Sergio Berlusconi. Notons au passage que ce personnage, a la fois President du Conseil italien, proprietaire de chaines de television et d'un club de football est sans doute l'archetype et la personnalisation de la confusion des genres et des interêts qui s'est developpee depuis une vingtaine d'annees autour du sport spectacle europeen.

La fiscalite n'est pas neutre non plus dans le fonctionnement de ce systeme sans doute trop liberal. Les presidents de clubs francais n'ont de cesse de se plaindre du poids des prelevements obligatoires pesant sur les salaires des joueurs les rendant beaucoup plus chers pour un club francais que pour un club d'un autre pays europeen et de ce fait limitant les possibilites de recrutement.

 

Deuxieme volte : La course a la technologie et a la captation des marches

De leur cote les investissements des operateurs de television ne sont pas negligeables. Afin de proposer des images toujours plus interessantes les innovations techniques se multiplient avec, en particulier les signaux numeriques et la television haute definition.

Des le debut des annees 1990 on a vu le nombre de chaines privees donc payantes se multiplier, cette tendance se poursuivant toujours. Parmi les nouvelles chaines certaines sont dediees au sport et d'autres s'appuient plus ou moins fortement sur le sport pour attirer les abonnes. Sky-TV du groupe Murdoch estime que 50% de ses abonnes regardent le football et Canal+ estime que plus de 60% de ses abonnes sont captes grace au sport. Tous les grands reseaux payants utilisent le sport, generalement combine avec le cinema pour se vendre. R. Murdoch, actionnaire principal de News Corp. avec ses operateurs anglais BSkyB et italien Sky Italia, Canal+ tant en France qu'en Espagne, ou encore le groupe TF1-TPS ou le groupe Mediaset de S. Berlusconi, tous s'appuient sur le sport. Mais comme il s'agit non pas seulement de chaines mais bien de reseaux qui sont a la tête de plusieurs chaines, ils peuvent deployer une strategie differenciee. Ces operateurs adoptent des politiques de declinaison de leurs chaines. Par exemple,TF1 ayant achete l'ensemble des droits pour la France de la Coupe du Monde de football 2002 ainsi que les 24 meilleures rencontres de la Coupe 2006 s'appuie sur Eurosport pour les rencontres dites « secondaires » ou la rediffusion de celles « premium », et LCI pour les magazines et reportages. Ces deux chaines etant payantes TF1 compte fideliser une clientele et ainsi compter de nouveaux abonnes. La concurrence que se livrent ces operateurs explique, au moins partiellement la vertigineuse ascension des droits de retransmission. Plusieurs groupes televisuels ont ete mis en difficulte : en Grande-Bretagne, ITV Digital a depose le bilan en partie a cause de la concurrence qu'ils voulaient tenir par rapport a la plateforme B Sky B de R. Murdoch. Quiro en Espagne, NTL, Stream, Telepiu en Italie et, bien entendu, le groupe Kirch en Allemagne qui a ete demantele.

Ceci vient en partie de ce que ces entreprises doivent faire face simultanement a la hausse des coûts d'achat des programmes sportifs, de la croissance plus faible que prevue de la demande d'abonnements et d'investissements lourds pour suivre les progres technologiques, comme l'image numerique par exemple.

La television n'est pas le seul media a utiliser le sport comme vecteur de son developpement. Les sites Internet sportifs sont parmi les plus visites a travers le monde et sont devenus de veritables complements aux chaines de television. De plus, grace a Internet il devient aujourd'hui possible de capter des images mobiles sur son telephone portable, avec les appareils de la troisieme generation. Pour acceder a ces services le consommateur doit acheter les dits telephones et s'abonner aux services permettant de capter les images. Les operateurs telephoniques se montrent plutot optimistes quant au developpement du marche. Orange avait fait les premieres propositions a la ligue francaise de football des 2001 et a acquis en 2003 les droits UMTS sur le football. Robert Louis-Dreyfus, proprietaire de l'equipe de Marseille mais aussi de Infront Sports & Media (anciennement Kirch Sport et donc proprietaire des droits mondiaux de la Coupe du Monde de Football 2006) est egalement president de l'operateur de telecommunication LDCom, proprietaire, entre autres, de 9 telecom. C'est donc, comme pour les nouvelles technologies de television, le sport qui sert de support au lancement de cette nouvelle generation de telephone, ce qui constitue egalement une nouvelle source de revenus pour les vendeurs de droits.

On peut donc avancer que le marche du spectacle sportif n'est plus constitue des simples relations entre des chaines de television, des telespectateurs et des organisateurs de rencontres sportives. Les operateurs de television sont devenues des entreprises a la recherche de profits et qui servent de vecteur a la communication d'autres entreprises, les annonceurs.

Si le sport spectacle ne peut plus se passer du financement apporte par les televisions, en dernier ressort, ce sont les entreprises, sponsors-annonceurs, qui financent le sport spectacle pour une large part et non les chaines de television, ces deux partenaires economiques utilisant le sport et les sportifs pour leurs propres interêts. Ceci peut être illustres par les propos tenus par Patrick Le Lay, PDG de TF1, chaine francaise generaliste, privee et non cryptee, qui declarait dans un journal : « Dans une perspective « business », soyons realistes : a la base le metier de TF1, c'est d'aider Coca-Cola, par exemple, a vendre son produit. Pour qu'un message publicitaire soit percu, il faut que le cerveau du telespectateur soit disponible. Nos emissions ont pour vocation de le rendre disponible, de le detendre pour le preparer entre deux messages. Ce que nous vendons a Coca-Cola, c'est du temps de cerveau humain disponible. Rien n'est plus difficile que d'obtenir cette disponibilite ». Même en admettant, comme il l'a soutenu par la suite, que P. Le Lay avait force le trait, deux elements me gênent : Coca-Cola est l'un des principaux sponsors dans les grandes manifestations sportives et TF1, a travers TPF, filiale de TF1 a 66%, consacre des sommes considerables pour diffuser des images de F1 et de football francais et anglais (ces derniers aux detriments de Canal+), se preparant a une lutte tres severe avec Canal+ pour l'attribution des droits qui doit avoir lieu en novembre de cette annee, cet operateur s'etant recemment renforce dans le tennis et le golf. Le sport ferait-il donc partie de ces programmes qui ont pour but de decerebrer le telespectateur.

 

Troisieme volte : l'appropriation des droits de retransmission

 Puisque l'on evoque les strategies d'entreprises, voyons celles concernant l'appropriation des droits de retransmission. La methode la plus simple consiste pour une entreprise a se rendre proprietaire, partiellement ou totalement, du capital d'un club. Cette strategie est cependant en cours de changement. Aux Etats-Unis, les groupe Disney ou News Corp. par exemple ont revendu les clubs de hockey ou de basket qu'ils possedaient, realisant au passage de confortables plus-values. En Europe l'appropriation du capital d'un club est encore de mise, même si Murdoch s'est defait des parts qu'il detenait dans Manchester United. Etre proprietaire d'une partie significative du capital d'un club c'est evidemment s'assurer des droits de retransmission surtout si ceux-ci sont privatises et non mutualises. 

Les strategies suivies pour obtenir des droits de retransmission sont parfois complexes et acheter une entreprise peut avoir pour objectif cache de s'approprier des droits. Lorsque News Corp. a cherche a penetrer le marche italien le groupe a acquis 35% du reseau numerique Stream , ex filiale de Canal+ et du groupe Mediaset de S. Berlusconi qui est egalement proprietaire du Milan AC. Comme Steam a obtenu les droits de retransmission de la Lazio de Rome, la Fiorentina, la Roma et Parme, indirectement News Corp. se rendait proprietaire de ces droits. Comme R. Murdoch a egalement achete la chaine satellitaire Telepiu il a recupere les droits de retransmission des matches de football de la serie A italienne qui etaient detenus par cette chaine. On peut egalement evoquer les strategies qu'avait mis en place L. Kirch pour s'approprier 75% du capital de la SLEC qui gere les droits de la F1.

Une troisieme methode consiste pour un operateur a creer son propre evenement. ESPN, filiale de Walt Disney Company a invente les X Games en juin 1995, consideres comme les Jeux Olympiques des sports extrêmes, avec ses deux versions, l'estivale et l'hivernale. De son cote NBC associe au groupe de presse Enac a cree le Gravity Games. Discovery Channel a cree l'Eco-Challenge sorte de reality-show sur fond d'epreuve de sport extrême. On remarque que dans toutes ces nouvelles epreuves qui echappent aux regles des federations les risques sont omnipresents et le telespectateur est, inconsciemment, dans l'attente de la chute ou de l'accident même si c'est pour le deplorer lorsqu'il survient.

 C'est peut-être le moment de se demander pourquoi les hommes d'affaires se montrent tellement empresses a s'accaparer du capital des clubs en vue et y investissent des capitaux tellement importants : le milliardaire russe Abramovitch s'est approprie en 2003 la majorite du capital de Chelsea pour 43 millions d'euro, a eponge la dette de l'equipe soit 113 millions, a achete pour 165 millions d'euro de joueurs et promis 490 millions pour les deux prochaines saisons. Rappelons qu'Abramovich est actionnaire majoritaire de la societe petroliere Sibneft qui parraine le CSKA de Moscou. Or la Sibneft verse 18 millions de dollars par saison a ce club de tres petite notoriete jusqu'en 2006. Quelques elements pour compliquer l'affaire : le president de la Sibneft, Eugene Shvidler est membre du conseil de Chesea Village, la societe qui dirige le club londonien, et Yevgeny Giner, president du CSKA Moscou est un excellent ami d'Abramovitch. Mais l'affaire ne s'arrête pas la puisque, de son cote, Boris Zigarevitch, homme d'affaire implique dans la pate a papier, cherche a racheter Everton pour en faire cadeau a son fils de 23 ans… Cette affaire est pilotee par le fonds Fortness Sport cree par Christopher Samuelson, un Irlandais installe a Geneve, pour le compte de Zingarevitch qui ne voulait pas appraitre en premiere ligne, ce qui aurait ete considere comme une provocation par Abramovitch puisque Everton, en troisieme position de la premiere ligue anglaise ferraille avec Arsenal et Chelsea, le club d'Abramovitch. Or ce dernier est actuellement en proces avec les freres Zingarevitch pour une histoire de rachat d'une usine de pate a papier en Russie… Le richissime Premier Ministre Thaïlandais Thaksin Shinawatra qui avait tente de racheter Fulham a Mohamed al-Fayed, qui s'est lui-même montre fort genereux avec son club, souhaitait s'approprier 30% du capital du FC Liverpool contre 208 millions d'Euros. Il devait le faire au nom de la Thaïlande en financant l'operation par une loterie avant que ce projet soit refuse. Le cheik Moubarak al-Khalifa, de la famille royale du Bahreïn, cherche egalement un club a racheter. Manchester United ferait l'objet de propositions avancees par des hommes d'affaires russes, irlandais ou americains… Aux dernieres nouvelles Malcolm Glazer, proprietaire de l'equipe de football americain des Tampa Bay Buccaneers, deja proprietaire de 19,17% du capital du club a travers sa societe d'investissement Malcolm Glazer Family, s'apprêterait a formuler une offre de rachat valorisant le club a 970 millions d'euros. Par l'annonce de cette possibilite l'action de Manchester a augmente de 5%. En France, R.L. Dreyfus a renfloue l'Olympique de Marseille sur ses propres deniers pour des sommes considerables. Or, nous l'avons vu, ces investissements ne sont pas rentables. Et parallelement les affaires judiciaires touchant le football se multiplient tant en Europe occidentale qu'en Europe centrale.

Le football serait-il la danseuse (ou plutot la demi-mondaine) pour laquelle les fortunes sont prêtes a se defaire, ou joue-t-il le même role que la creatine par rapport a l'EPO, celui d'un ecran de fumee qui attire l'attention mais cache bien d'autres choses qui appartiennent a l'economie souterraine ?

 

Quatrieme volte : les moteurs du systeme

Cette volte, sans doute la plus determinante, est constituee d'un cote par les consommateurs et de l'autre par les sportifs. Pour que le systeme fonctionne il faut que la demande soit dynamique, demande d'images de sport afin de permettre la communication des annonceurs mais aussi demande globale de tous biens et services, en d'autres termes, que l'activite economique soit dynamique. Tant que cette demande est elevee les operateurs de television peuvent facturer les spots publicitaires a des tarifs eleves, les organisateurs de spectacle sportif peuvent demander des droits de retransmission tres importants et chacun semble s'y retrouver, l'ensemble reposant cependant essentiellement sur le pouvoir d'achat des consommateurs. Que leur interêt decline, que la consommation stagne ou regresse, que les retours sur investissements dans les nouvelles technologies ne repondent pas aux previsions et c'est toute la chaine qui se disloque, laissant en dernier ressort le monde du sport business, tel qu'il fonctionne majoritairement en Europe, desempare, incapable de faire face a ses engagements, pris dans une logique qu'il ne peut controler et dont il est en, partie le jouet puisqu'il faut organiser toujours plus grand et plus attractif, donc prevoir des resultats qui ne sont accessibles qu'avec une part de chance non negligeable. Les sportifs qui participent au show tirent profit des sommes qui circulent dans le sport, parfois au prix d'une reification qui les ravale au rang de faire-valoir d'une marque lorsque, par exemple, il s'agit d'abandonner ses chances au profit d'un autre membre de l'equipe Comme ce fut le cas en 2003 quand Citroën a demande a Sebastien Loeb de mettre ses ambitions sur le titre de champion du monde des rallyes au second plan afin d'assurer celui de champion du monde des constructeurs.

 

Conclusions

Les relations entre le monde du sport spectacle, du sport business et de l'economique sont devenues complexes. Le sport dans sa partie la plus visible est devenu un rouage de l'economique et certains segments de ce secteur sont entres de plain-pied dans une logique economique : une reglementation qui permet de gerer un club comme une entreprise, une logique de profit, une exploitation de l'image des sportifs, etc. Mis tout un pan du sport, europeen en particulier, n'a pas encore assimile les regles du jeu economique et tente encore de faire regner les siennes, en particulier en demandant toujours plus d'argent a la sphere economique traditionnelle par incapacite a s'autodiscipliner, a se structurer et se donner des regles appropriees de fonctionnement. Par la, il risque de perdre beaucoup si un autre support se revele être plus efficace ou moins onereux. Cette tendance commence d'ailleurs a se dessiner avec l'abandon du sport par un certain nombre de sponsors soit qui n'ont plus les moyens de suivre les exigences des federations, soit qui ne veulent plus prendre de risques dans un systeme aux effets trop aleatoires.

Comme je l'indiquais en introduction, la combinaison entre le monde du sport et celle de l'economique est constituee d'une serie de voltes interdependantes et evolutives. Qu'une de ces voltes vienne a ne plus souhaiter ou pouvoir fonctionner avec les autres et c'est tout le systeme qui se defait.

On comprend ainsi que le poids qui repose sur les epaules des sportifs. Les exigences de l'encadrement, des sponsors, des televisions, des spectateurs fait qu'ils sont a la fois les elements essentiels du systeme et les rouages les plus aisement remplacables. Le recours a certaines substances stimulantes peut aisement s'expliquer.

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