REVISTA "STIINTA SPORTULUI" 2005

LES RELATIONS PARENTS/SPORTIFS. DIFFERENCIATION DES 4 DYADES FAMILIALES

 

Dr.CATHERINE DELFORGE

Centre de Recherche en Science du Sport

Universite - Reims

 

Mots-cles: surprotection – support - relations pere, mere / sportifs, sportives

 

Resume 

Le but de cette etude est de mieux cerner les particularites des relations peres/sportifs, meres/sportifs, peres/sportives et meres/sportives. L'analyse est centree sur des dimensions essentielles des relations parents/sportifs : le support et la surprotection des parents (evalues par le QERPE). Les resultats indiquent que les fils ressentent significativement plus de surprotection de leur mere et moins de support de leur pere, que les filles. Ils montent la necessite d'analyser plus precisement les relations parents/sportifs selon le sexe de chacun. Les applications pratiques de ce travail ne doivent pas être negligees pour favoriser la progression des jeunes sportifs (chercher à renforcer le support des peres envers leurs garcons et sensibiliser les meres au desir d'independance de leurs fils).

  Depuis le milieu des annees 1990, de nombreux travaux demontrent l'interêt à porter aux roles des parents pour favoriser la carriere sportive d'un enfant. En effet, l'influence des parents est un element fondamental de leur developpement. De nombreux auteurs soulignent l'importance de la relation parents/enfant pour le succes d'une carriere sportive (Cote, 1999; Durand-Bush&Salmela, 2002). On sait que leur implication est necessaire (Hellstedt, 1990), et que sans leur aide materielle et financiere, l'enfant ne pourra pas progresser (Gould, Dieffenbach& Moffett, 2002). Leur soutien (emotionnel, materiel et informationnel) est unanimement reconnu comme facteur indispensable de la reussite sportive d'un jeune (Wolfenden&Holt, 2005). Des athletes, des parents et des entraineurs temoignent que les remarques et commentaires, l'enseignement direct et indirect, la participation et la motivation des parents sont autant d'elements favorables pour la progression d'un sportif (Gould et al., 2002). Cependant, les parents n'ont pas toujours des comportements ou paroles adaptes. Caracteristiques de ceux-ci, Hellstedt (1987) decrit les parents sous-impliques et sur-investis (surprotecteurs, se focalisant sur la victoire, se projetant sur sa carriere, certains prennent la place de l'entraineur etc.). Ils peuvent alors avoir une influence negative sur la progression et le developpement personnel du sportif. Les critiques, le surinvestissement, les ambitions irrealistes et la pression exercee par les parents peuvent par exemple nuire aux progres de l'enfant, voire mener au burnout (Burland&Davidson, 2004; Gould, Tuffey, Udry&Loehr, 1996; Tuffey, Gould&Medbery, 1998; Wolfenden& Holt, 2005).

Afin de permettre aux jeunes d'evoluer dans un univers favorisant leur progression, il est donc indispensable de bien connaitre les differents modes de relation parents/sportifs. Pourtant, les connaissances sont encore limitees (Brustad, 1996; Salmela & Fournier, 2004). Alors que de nombreuses recherches ont examine les roles ou comportements des «parents», on sait peu de choses concernant les caracteristiques de l'un et de l'autre. Ils sont la plupart du temps regroupes sous un terme general, ce qui rend impossible toute comparaison entre les comportements des peres et des meres. En outre, peu d'etudes ont analyse les relations parents/sportif en fonction du sexe de l'enfant. Pourtant, selon que le sportif est un garcon ou une fille, la relation parent/athlete est differente. On trouve dans la litterature des resultats disparates et parfois contradictoires concernant les distinctions selon le sexe des parents et des sportifs. Ainsi, les evaluations des parents concernant la competence percue de leur enfant sont assez differentes entre les parents de filles et ceux de garcons. Les parents de garcons ont tendance à decrire leur enfant comme plus competent en sport que les parents de filles (Eccles, Freedman-Doan, Frome, Jacobs, & Yoon, 2000; Fontayne & Malhomme, 2000). Dans le même ordre d'idees et le même sens, des differences ont ete reperees pour le talent naturel de l'enfant en sport, l'importance d'en faire et la difficulte de l'activite. Recemment, Fredricks & Eccles (2005) ont montre que le temps passe avec l'enfant, l'equipement achete, les encouragements des peres et des meres sont significativement superieurs pour les garcons. Des liens entre l'activite physique de la mere et le plaisir pris par l'enfant dans la même discipline ont aussi ete mis en evidence (Woolger & Power, 1993). Le niveau des competences de l'enfant percues par la mere (et non par le pere) influencerait l'appreciation des athletes de leur potentiel (Eccles et al., 2000). D'autres ont remarque que les encouragements des parents et leur investissement etait plus importants pour les enfants du même sexe (Greendorfer & Ewing, 1981; Linver & Silverberg, 1997), ou que le support des peres a un impact positif sur la participation des filles à un sport (Brown, Frankel & Fennel, 1989). Patriksson (1981) avait releve des relations significatives entre le role de modele passif du pere (encouragements, presence aux competitions, transport) et l'implication sportive des garcons. Ceci n'avait pas ete observe chez les filles. De même, les peres sportifs auraient plus d'influence sur l'implication sportive de leur fils que sur celle de leur fille (Wold & Anderssen, 1992). Enfin, selon l'analyse de Deflandre, Lorant et Falgairette (2004), la tendance qui ressort des etudes est que le role de la mere est important chez le jeune enfant et pour la pratique loisir, et que celui du pere l'est au cours de la grande enfance et de l'adolescence lors de pratiques competitrices.

En regard de l'etat des connaissances sur le sujet, le but de cette etude est de savoir s'il est pertinent de differencier 1) les liens pere/sportifs des liens mere/ sportifs, 2) les liens parents/sportifs des liens parents/sportives. En effet, dans ce cas, une importance accrue doit être portee à la differenciation des quatre dyades familiales, pour par exemple renforcer certaines ou prevenir les caracteristiques d'une autre qui semblent defavorables pour la performance sportive des jeunes. Dans la continuite d'autres travaux, cette analyse se centre sur des dimensions de la relation parents/enfant qui sont centrales pour la progression des athletes. En resume, ce travail a pour objectif de savoir si des differences existent entre les relations pere/fils, pere/fille, mere/fils et mere/fille concernant le support et la surprotection ressenties par les sportifs. 

  

Methode

Outil

Le QERPE (Questionnaire d'Evaluation des Relations Parents/enfant) a ete choisi pour evaluer des dimensions pertinentes des liens parents / sportifs. Il s'agit d'une version francaise valide (Delforge, LeScanff & Fontayne, soumis) du EMBU (Egna Minnen Beträffende Uppfostran, Perris, Jacobsson, Lindström, von Knorring & Perris, 1980). Il met en evidence les niveaux de support, de surprotection et de rejet ressentis par l'enfant de la part de chacun de ses parents, dimensions centrales dans le cadre des relations parents / sportifs. Le questionnaire presente 21 items auxquels le sujet repond sur une echelle de type Likert de 1 à 4 (jamais, parfois, souvent, toujours) à deux reprises (une fois par rapport à la facon dont son pere se comporte avec lui, et une seconde fois par rapport à sa mere). Un paragraphe precedant les items permet d'être renseigne sur l'age, le sport, le niveau de l'enfant, le nombre de freres et sœurs, et le couple parental (divorces ou non, parent decede etc.).

Sujets

Le QERPE a ete rempli par 330 sportifs de niveau departemental au minimum, ages de 12 à 20 ans (165 garcons, 165 filles, moyenne d'age = 15,51 ans, ecart-type = 2,36).

Procedure

2/3 des questionnaires ont ete donnes directement aux sportifs par le chercheur ou ses etudiants, et 1/3 par le biais d'entraineurs. Les sportifs etaient sollicites lors de leurs entrainements. Il leur etait systematiquement demande de repondre à toutes les questions et l'anonymat des resultats etait assure.

 

Resultats

Niveaux de support / rejet / surprotection ressentis par les sportifs(ves) de la part de leurs pere / mere

Une analyse de variance (et un test t de Student) sur les scores de support / rejet / surprotection de la part du pere/de la mere, avec l'age des sujets en covariant, a ete realisee. Elle indique des differences significatives entre :

le niveau de support du pere ressenti par les garcons/par les filles (F(1,327) = 4,13, p<0,043) : les filles ressentent plus de support de leur pere que les garcons, 

le niveau de surprotection de la mere ressenti par les garcons/par les filles (F(1,327) = 5,77, p<0,017) : les garcons ressentent plus de surprotection de leur mere que les filles.

Correlations

Tableau 1

Coefficients de correlation «corriges » entre les echelles du QERPE pere / mere, et l'age des sujets (n = 330, correlations significatives marquees à p<0,05)

 

QERPE

SP

RP

SPP

SM

RM

SPM

Support Pere (SP)

/

 

 

 

 

 

Rejet Pere (RP)

-0,27

/

 

 

 

 

Surprotection Pere (SPP)

-

0,25

/

 

 

 

Support Mere (SM)

0,78

-0,27

-

/

 

 

Rejet Mere (RM)

-0,27

0,81

0,22

-0,38

/

 

Surprotection Mere (SPM)

-

0,23

0 ,70

-

0,25

/

Age des sujets

-

-

-

-

-

-

Pour evaluer correctement les relations inter-echelles, il a ete utilise une procedure «d'attenuation corrigee» (Rogers, Schmitt & Mullins, 2002). Aucune relation significative n'apparait entre l'age des sportifs et les niveaux de support, rejet et surprotection ressentis de la part des parents. En revanche, des correlations significatives (n = 330, p<0,05) montrent que :

lorsque l'enfant ressent du support (0,78), du rejet (0,81) ou de la surprotection (0,70) de la part de son pere il en ressent egalement de la part de sa mere;

le support est correle negativement avec le rejet (-0,27 pour les peres et -0,38 pour les meres) et la surprotection positivement (0,25).

 

Discussion

Ce travail avait pour objectif de savoir s'il est pertinent de tenir compte du sexe du parent et de l'enfant dans l'etude des relations parents/sportif, notamment grace à l'analyse des niveaux de support, de rejet et de surprotection ressentis par les sportifs de la part de leurs parents.

Premierement, il apparait que les sportives ressentent davantage de support de leur pere que n'en ressentent les sportifs. Cela est en contradiction avec des resultats precedemment evoques. Dans une certaine mesure, ils vont egalement à l'encontre des theories des stereotypes lies au genre (Eccles, Jacobs, & Harold, 1990; Jacobs & Eccles, 1992). Ces derniers peuvent venir biaiser les perceptions des parents quant aux competences de leur enfant dans la pratique sportive. Or si les peres considerent plus facilement leurs fils comme competents il devrait en resulter un support dans la pratique sportive plus important pour les garcons que pour les filles. Ces theories sont d'ailleurs remises en question en Europe car les stereotypes lies au genre pourraient y être moins pregnants qu'aux Etats-Unis, et plus subtils et moins visibles (Pettigrew & Meertens, 1995). Les resultats obtenus ici ne sont pas surprenants avec l'analyse plus generale des particularites des relations parent/enfant du sexe oppose. Les conflits sont frequents dans les relations pere/fils, notamment à l'adolescence (rebellion, prise de distance, opposition à la figure paternelle d'autorite). Si la relation pere/ fille est souvent la plus distante et la moins «intime» des quatre dyades d'une famille (Cloutier, 1996), elle genere aussi moins de conflits que la relation pere/fils. Dans le contexte sportif, cette explication prend tout son sens. Ce sont plus souvent les peres qui s'interessent ou s'investissent dans la pratique de leur enfant. Les filles sont plus à l'ecoute du pere et attentives à leurs conseils que ne le sont les garcons qui encore une fois n'hesitent pas à s'opposer. On retrouve egalement un phenomene de «seduction» où la fille peut pratiquer un sport pour «plaire » au pere, lui faire plaisir. Les filles sont egalement plus souvent desireuses de se conformer aux pressions parentales (Felton et al., 2002). Une explication peut être aussi apprehendee à l'aide des theories elaborees par Bandura (Bussey & Bandura, 1999). Selon l'auteur, le developpement de l'identite sexuee de l'enfant est fortement influence par le parent du même sexe. Les fils pourraient être plus sensibles aux comportements de leur pere et en attendre un support plus important que les filles. D'autre part, il est egalement possible de supposer que les fils ne considerent pas leur mere comme la plus competente pour estimer leurs prestations sportives (Bois, 2003). Ils accorderaient alors plus d'importance aux evaluations de leur pere relativement à leur pratique sportive, et attendraient un soutien plus important de leur pere que les filles. Holt et Dunn (2004) ont d'ailleurs montre que les peres ont un role central à jouer pour leur fils au niveau du support informationnel (informations, conseils lies à la pratique du sport). Ces hypotheses contribuent à comprendre pourquoi les filles ressentiraient significativement plus de support de leur pere que les fils.

Deuxiemement, l'analyse degage un sentiment de surprotection de la mere plus fort pour les garcons que pour les filles. Pour les meres, l'evolution de leurs garcons garde une part d'inconnu. Elles-mêmes ont ete «filles», ont donc plus facilement confiance dans les capacites de leurs filles, et les responsabilisent plus aisement. Ainsi, le meres ont parfois plus de difficultes à laisser leurs fils prendre leur independance que leurs filles. Dans le sens oppose, la surprotection ressentie par les garcons peut être liee à leur desir d'independance plus pregnant que chez les filles (qui elles se «plaindraient» donc moins facilement d'être surprotegees). A l'adolescence, les fils cherchent à se «separer» de l'emprise maternelle pour aller vers les autres personnes de sexe oppose. Il s'agit d'une phase de desinteressement des objets parentaux, necessaire pour pouvoir investir de nouveaux objets. Parallelement aux dyades peres/filles, les relations meres/fils traversent la barriere de genre. Selon la theorie freudienne, la mere, premier objet d'amour, est rejetee puis eloignee à la puberte (periode de reactivation œdipienne) et les fils cherchent à se rapprocher de leur pere. Ces hypotheses contribuent à expliquer nos resultats.

Au-delà de leurs explications, les differences significatives observees dans cette etude attestent de la necessite d'analyser plus precisement les caracteristiques de chacune des relations pere/fils, pere/fille, mere/fille et mere/fils. Si les meres ont tendance à surproteger leurs fils davantage que leurs filles, cette situation est à prevenir. En effet, on sait que la surprotection est nefaste pour le developpement sportif et personnel des enfants. Les analyses developpementales des relations parents/enfant montrent combien les parents doivent savoir laisser progressivement l'enfant prendre son independance. D'un role actif, introductif et participatif au depart, le role des parents devrait ensuite graduellement se limiter à un role de support emotionnel (Baker, Horton, Robertson-Wilson & Wall, 2003). Des la periode de «specialisation» (13-18 ans) les parents devraient diminuer leur investissement (Bloom, 1985) et «faciliter et suivre» plutot que «diriger ou mener» l'enfant dans sa pratique (Cote, 1999). Le developpement d'un jeune athlete est fortement determine par un processus de «separation – individualisation», lors duquel s'exerce une lutte pour gagner plus d'autonomie à l'egard des parents. Si le soutien et la presence des parents sont vecus comme un pouvoir parental, des conflits peuvent apparaitre. L'age des sportifs de l'echantillon correspond en parti à la phase de «specialisation» et s'etend même aux annees suivantes, où le sentiment de surprotection peut être ressenti encore plus vivement. Les sportifs desirent du soutien de leurs parents mais recherchent un «espace personnel» au niveau psychologique et psychosocial (Durand-Bush, Salmela&Thompson, 2004). De nombreux travaux evoquent les consequences negatives de la surprotection de l'enfant. Les parents «trop controlants» sont vecus comme une source de pression pour l'enfant (Wolfenden&Holt, 2005). Ils contribuent par exemple à augmenter l'anxiete de l'enfant, à diminuer le plaisir ou peuvent mener à un abandon precoce de l'activite (Hellstedt, 1987; Tuffey et al., 1998). 

Parallelement, si les garcons expriment un support du pere inferieur à celui que ressentent les filles, il faut chercher à valoriser le support du pere envers leurs garcons. En effet, on sait que le support du pere est un element clef pour les debuts dans la pratique, la progression, la motivation, le plaisir des jeunes sportifs dans leur pratique (Cote, 1999; Gould et al., 2002; Salmela & Fournier, 2004).

Les correlations mettent en evidence une relative symetrie entre les comportements ressentis de la part du pere et de la part de la mere. D'autres etudes utilisant la version originale du QERPE ont observe le même phenomene (Ross, Campbell & Clayer, 1982). Si un même sujet n'exprime pas de reelle differenciation entre les comportements de ses parents, on a vu que l'interêt de les evaluer sur deux echelles prend tout son sens dans la comparaison entre fonction du sexe du sportif.

Les liens significatifs entre les sentiments de rejet et de surprotection ne sont pas surprenants. Dans le cas de la surprotection et du rejet, il y a une absence d'ecoute du desir de l'enfant. Tous deux resultent d'une inadequation entre les desirs de l'enfant (independance, autonomie pour l'un, et attention, affection, acceptation pour l'autre) et les comportements du parent (Delforge, 2003). Tous deux sont defavorables pour la performance et l'evolution personnelle du sportif. Parallelement, comme cela etait attendu, le sentiment de support des parents -qui denote d'une relation harmonieuse parents/enfant- est correle negativement avec le sentiment de rejet. En revanche, le lien entre le support et la surprotection n'est pas significatif. Cela peut être dû au sentiment de surprotection dont le terme et la situation recouvrent un champ assez vaste.

Ce point est d'ailleurs une des limites de cette etude. Selon les travaux, le concept de surprotection est employe pour caracteriser : une attention exageree aux besoins de l'enfant, la dependance, l'attention abusive, les comportements de possessivite ou d'intrusion, d'implication extrême vis-à-vis de l'enfant (Perris, Arrindell&Eiseman, 1994). Deux grands types de surprotection ont ete differencies : l'un caracterise par une attention/protection elevees, l'autre par une faible attention/protection elevee (Perris et al., 1994). Par ailleurs, la litterature dans le domaine sportif evoque plutot le surinvestissement des parents dans la pratique de l'enfant. Le surinvestissement et la surprotection de l'enfant ont des points communs (cf. definition de Hellstedt, 1987) notamment en ce qui concerne l'attention exageree du parent, l'intrusion et l'incapacite à laisser l'enfant prendre son independance. Mais on ne peut pas assimiler ces concepts et comparer nos resultats avec les travaux anterieurs dans le cadre sportif. La surprotection evaluee ici concerne les comportements du parent en general, qui ne se traduisent pas forcement par un surinvestissement dans la pratique (omnipresence en match et aux competitions, phenomene de projection sur la carriere de l'enfant etc.).

Concernant l'outil, le fait que les sportifs repondent successivement pour leur pere et leur mere attenue peut être la differenciation qu'ils pourraient faire entre les comportements de l'un et de l'autre. Mais sous cette forme, le questionnaire est clair et compact, le temps requis pour la passation est court. Ce facteur doit être pris en compte pour la faisabilite des etudes avec les jeunes athletes. Il est aussi à noter que ce sont les «sentiments» de support, rejet, surprotection qui sont evalues par le QERPE et non les «comportements reels» des parents. Il ne faut pas confondre les deux. Mais l'important pour le bien-être des sportifs est bien ce qu'ils ressentent, et donc ce que l'outil permet d'evaluer.

On peut regretter que l'echantillon de cette etude ne soit pas plus cible. L'hypothese qu'une variable non mesuree puisse rendre compte des relations observees ne peut être completement exclue. Les variables omises sont le principal problemes des etudes correlationnelles (Judd & McClelland, 1989). Premierement, si l'influence de l'age des sujets a ete controlee en etant inclus en covariant dans l'ANOVA et si aucune correlation significative n'a ete reperee entre les dimensions des relations parents/enfant et l'age des sujets, l'etendue de l'echantillon est un biais important de l'etude. En effet, entre 12 et 20 ans (etendue de l'echantillon) les relations parents/enfant evoluent considerablement, notamment à l'adolescence. Cependant, il aurait ete difficile de cibler la pre-adolescence, l'adolescence, la post-adolescence tant ces concepts sont flous, s'etendent plus ou moins longtemps selon les sujets et recouvrent des ages variables. Deuxiemement, le niveau de pratique aurait pu être une variable mieux controlee. C'est un biais de l'etude dans la mesure où l'investissement des parents differe necessairement selon cette variable. Les sportifs «loisirs» ont ete exclus mais les niveaux restent encore heterogenes. Troisiemement la situation familiale peut influencer les resultats. Le niveau social, le nombre de freres et sœurs (enfant unique/famille nombreuse) n'ont par exemple pas ete controles. En revanche, les enfants de parents divorces ou dont un parent est decede ont ete exclus pour homogeneiser l'echantillon. Enfin, certaines dimensions personnelles des sportifs entrent en jeu (niveau d'anxiete, d'ambition, motivation, desirabilite sociale, etc.). Mais elles sont difficilement controlables dans ce type d'etude. 

Les resultats et leurs limites ouvrent autant de pistes de recherche pour les etudes à venir. Il apparait evident de valoriser des recherches precises sur les relations parents/sportifs en tenant compte du sexe des uns et des autres. La comparaison des modes de relation dans les quatre dyades familiales selon le niveau de l'athlete serait interessante. Les sportifs de haut-niveau temoignent souvent du support de leurs parents (Gould et al., 2002; Van Rossum, 1995) et ressentent peut être moins de rejet mais plus de surprotection de la part de leurs parents que les sportifs amateurs. En effet, lorsque les parents se sont beaucoup investis dans les debuts de la pratique de l'enfant (ce qui est favorable), ils ont souvent du mal à se mettre ensuite en retrait et se limiter au role de soutien affectif (Bloom, 1985). Il faudrait egalement comparer les relations parents/enfant en fonction du type de sport de l'enfant. On peut supposer que dans les sports individuels les sentiments de support et de surprotection peuvent être superieurs par comparaison aux sportifs qui evoluent dans une equipe qui les prend en charge. Recemment, Wolfenden et Holt (2005) ont d'ailleurs souligne l'influence du type de pratique sportive sur les resultats. Une differenciation selon le mode d'entrainement (l'enfant reste dans le foyer familial et son pere l'entraine/ l'enfant reste dans le foyer mais a un entraineu l'enfant est totalement pris en charge par un organisme en internat) serait aussi judicieuse pour approfondir les connaissances. Enfin, les etudes gagneront à se centrer à chaque fois sur des tranches d'age plus precises. Cela permettra d'eviter l'influence de cette variable sur les resultats, et de mieux connaitre l'evolution des quatre dyades familiales au fil des annees.

Les applications pratiques de ce travail avec les sportifs et leurs familles sont evidentes. D'une part, la surprotection de la mere envers son fils est une situation à prevenir. Il faudrait veiller à ce que les meres se retirent progressivement de la pratique de leur fils, le responsabilisent et le laissent prendre son independance. On a egalement vu que le soutien qu'apportent les peres à leur fils pourrait être renforce. Ceci est valable dans le cadre de la pratique sportive, mais aussi de facon generale. D'autre part, le rejet et la surprotection sont tous deux sont defavorables à la performance et l'evolution personnelle du sportif. Un outil comme le QERPE peut permettre à l'entraineur de deceler des sentiments de l'enfant qu'il n'observe pas forcement lorsqu'il entrevoit les parents. L'interêt est de prevenir ces situations ou aider les parents à les percevoir. Ceux-ci cherchent à bien faire pour favoriser la progression de leur enfant dans la pratique sportive qu'il aime. Mais ils ne se rendent pas toujours compte de leurs comportements, de leur influence, ni des attentes et des ressentis de l'athlete. Il est possible et necessaire de les sensibiliser aux attitudes et paroles adequates, de les guider, pour qu'ils offrent un environnement optimal à l'epanouissement personnel et sportif de leur enfant.

 

Abstract

This study aims at better know the differences of relationships between father / son, father / daughter, mother / son, mother / daughter in sport context. Support and surprotection from parents, which are essentials dimensions of parents / athletes relationships, have been assessed by the QERPE. Results show that sons significatively feel more surprotection from their mother and less support from their father than daughters. They testify to the necessity to analyse more specifically the relationships parents / athletes according to the sex of each one. The practical application of this study should not be neglected to favor the youth's practice and personal development (to reinforce fathers'support towards their boys and make mothers sensitive to the need of independence of theirs boys).

  

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